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Destination 288 : Métamorphoses artistiques

Dans son nouveau roman en deux tomes, mon ami Haruki (Murakami) se livre à un jeu d’écrivain intéressant. Inspiré par l’opéra de Mozart « Don Giovanni », le nœud de son histoire est bâti à partir d’une peinture (fictive, mais pas pour le roman) qui représente le meurtre du commandeur (de l’opéra) dans le style nihonga (peinture traditionnelle japonaise).
Si je détaille le procédé : Murakami est un grand amateur de musique classique, l’opéra de Mozart le fascine, il en produit une image (le meurtre du commandeur) qui devient un tableau, qu’il nous décrit, et qui intervient de manière significative dans son roman.
Pour nous, cela donne un procédé qui peut paraître complexe mais qui est sûrement très fécond. Prenez une chanson ou une œuvre musicale qui vous plaît, tirez-en une image, décrivez-là, et utilisez-là dans une histoire, une nouvelle, un poème...
Illustrons cela maintenant de manière concrète avec des exemples. Prenons par exemple « la Mama » de Charles Aznavour. Je produis une image (dans ma tête) de la scène que je me représente : les enfants sont au chevet de leur mère mourante… Je décris cette image précisément : l’âge et le physique des enfants, la chambre sombre et chargée… Maintenant j’ai deux possibilités : soit je donne vie à cette scène et je raconte ce qu’elle donne ensuite, avec un déroulement narratif ; soit je me sers de cette image (imaginons que c’est une photo) dans une histoire : par exemple, je ramène cette photo dans mon pays lointain et bien des années après je raconte qui était la « mama » à mes enfants à partir de cette photo.
Pour le côté pratique, peut-être n’est-il pas nécessaire de décrire l’œuvre initiale, juste la citer, mais ensuite il faut décrire l’image produite avant d’entamer la narration.
Pour ceux qui aiment la difficulté et les expériences, ces métamorphoses doivent sûrement pouvoir s’opérer dans un ordre différent : vous pouvez transformez une peinture en chanson qui donne lieu à une histoire. Ou encore : une histoire en chanson qui donne une peinture. Et enfin : une peinture en histoire qui donne une chanson. Je n’ai pas envie de vérifier que j’ai proposé toutes les possibilités, le tournis me vient (à la relecture j’en ai trouvées !). L’idée essentielle à retenir est la métamorphose à l’aide d’une double transformation. La larve qui devient chrysalide puis papillon ?

Belle métamorphose à tous pour 2019 !

http://www.independent.co.uk/arts-entertainment/books/features/haruki-murakami-interview-killing-commendatore-novel-new-a8578696.html la dernière interview de Murakami dans un anglais très accessible, simple, beau avec juste ce qu’il faut de mystère et de poésie !

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