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Les vacances étaient prévues pour la fin du mois d'Aout. La nuit n'avait pas

été chaude, le spectre de la canicule s'éloignait. Comment expliquer au

réveil ce besoin physique, cette pulsion vers les montagnes ? Sitôt dit,

sitôt fait. A midi, l'homme de ma vie avait trouvé un hotel à la fontière

d'Andorre, dans la paroisse de la Massana.



Je regrettais déjà d'avoir exprimé si vivement mon désir. J'ai connu

quelques montagnes, depuis nos belles Alpes jusqu'aux Rocheuses américaines

et suis partie, toutes les fois, avec une sorte d'appréhension. Pour moi, la

montagne est une déesse ; ses vallons profonds, ses pics majestueux font

mesurer la dimension de l'être humain devant une Nature touchant le Ciel,

voisine des Dieux. Il me faut du temps pour apprivoiser cette déesse,

apprivoise-t-on une déesse ? N'est-ce point là sacrilège ?



Monter vers les cimes, c'est effectuer un pélerinage. Il faut avoir la force

physiqe mais aussi la Foi. Tout d'abord, suivre la sinuosité de la route

bordée de prairies au vert si agréable à composer en aquarelle, un grand

glacis jaune, un bleu coulant et se mélangeant pour arriver à cette teinte

sans nom qu'est celle de la prairie , des vaches millénaires broutant

paisiblement, se régalant de milles petites fleurs qui donnent au lait un

gout de miel. Ont-elles changé de place depuis notre dernier passage ? Comme

il serait doux de s'allonger, s'abandonner, fermer les yeux. Mais là n'est

pas notre bût. Voici que commence la route qui nous ménera à une église

romane, si typique avec son clocher dominant très haut un sanctuaire

séculaire, comme fraichement décoré. Halte de méditation, de calme, les

émotions sont fortes, les sentiments serrent la gorge.





Nous devons laisser la voiture au Lieudit "Le Val des Fleurs". Le chemin

devient plus hardu et grimpe assez sévèrement. Le découvrir demande le même

respect que la visite d'une église. Chaque pas est une découverte ; fleurs

bleues dont on ne connait pas toujours le nom, buissons odorants. Les arbres

sont plus épais et plus foncés. Un détour amène un nouveau tableau, album de

la Nature et de ses couleurs.



Nous ne sommes pas de grands randonneurs et ne monterons pas très haut. Mais

suffisamment pour que notre regard embrasse un cirque immense, des crêtes se

découpant sur un ciel sans nuages. Roi du monde, un oiseau étend ses ailes

immenses et les survole d'un seul élan.



Est-ce l'air pur qui me donne un léger vertige, un imperceptible frisson ?

Petit bruissement .... quelque petit animal qui nous guette ? Des

chuchotements? Derrière les buissons, il me semble que l'on s'agite... Ce

sont les âmes des "héros de l'ombre" qui hantent la montagne. Elles courent,

certaines iront assez vite et revivront une autre vie sous les traits de

vigoureux vétérants qui sont notre Mémoire. D'autres se seront endormis,

plus loin dans un bosquet de fleurs, là, juste où s'élève une petite croix.

Anne-Marie