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Le temps suspendu

Mais où donc était caché petit Louis ?

Louis était un espiègle petit garçon de 5 ans, cadet d'une famille de trois enfants, ses sœurs, Anne et Noémie étaient âgées respectivement de quatorze et onze ans.
Si Béatrice éprouvait autant d'amour pour chacun de ses enfants, il est vrai que la naissance de son fils l'avait particulièrement comblée.
Une grande complicité l'unissait à son petit dernier car c'était le seul qu'elle avait vu grandir jour après jour.
En effet, elle n'avait pas pu interrompre son travail à la naissance de ses filles, son mari, Patrick, n'occupait pas encore le poste de directeur d'un grand laboratoire pharmaceutique, qui leur apportait aujourd'hui une confortable aisance financière.

Petit Louis était le rayon de soleil de la maison. Tous, tombaient sous le charme de cet enfant blond aux yeux bleus. Son père et ses soeurs ne savaient pas lui résister et Béatrice avait parfois bien du mal à imposer un peu d'autorité à ce petit turbulent.

Pour l'heure, il s'agissait de retrouver Petit Louis. Il avait convaincu ses soeurs en début d'après midi de jouer à cache cache. C'était son jeu favori et malgré le froid glacial, Anne et Noémie avaient cédé, incapables de refuser quoi que ce soit à leur adorable petit frère.

A vrai dire, Béatrice appréhendait toujours ses parties de cache cache. Sans oser les interdire, elle recommandait à petit Louis de ne pas s'éloigner et d'être prudent car elle connaissait les talents d'explorateur de son petit garçon et ce n'était pas la première fois que ses sœurs abandonnaient la partie et appelaient à l'aide leur mère.
Dénicher de nouveaux « abris secrets » était devenu pour lui un challenge et il faut dire que le pavillon de Fontainebleau s'y prêtait admirablement bien.

Béatrice et ses filles examinèrent méthodiquement tous les coins et recoins de la propriété. Ce fut d'abord un jeu puis, petit à petit, à mesure que le temps passait, le jeu tourna au cauchemar. Cela faisait déjà plus d'une heure que Louis avait disparu.
Elles fouillèrent les jardins, il y en avait quatre, un par saison, la grande cour, la petite cour, les dépendances, la cave, la piscine, les garages, rien, pas de trace de Louis. Béatrice imaginait son fils, là, quelque part, tout proche sans doute, blessé, incapable de répondre à leurs appels insistants. Elle sentait la panique l'envahir, son angoisse augmentait de minutes en minutes, de secondes en secondes, elle aurait voulu arrêter la marche du temps.

Mais où donc était caché petit Louis?

La neige commençait à tomber, Anne et Noémie grelottaient de froid, de peur et d'inquiétude. Elle devait faire face : se calmer, taire ses angoisses, réconforter, rassurer les filles, les conduire au chaud, à l'intérieur de la maison et surtout, surtout, appeler, appeler Patrick à l'aide.

Son mari avait tout de suite mesuré la gravité de la situation. Dans deux heures la nuit serait tombée. Comment Petit Louis survivrait t- il à un nuit dehors par ce froid glacial ? Il fallait à tout prix le retrouver très vite.
Il avait quitté immédiatement son laboratoire pour rentrer chez lui et prévenu la gendarmerie. A présent, les pensées se bousculaient dans sa tête. Tout comme son épouse, il pensait que son fils avait pu être victime de son imprudence. Il avait hâte d'arriver.

La neige tombait maintenant en abondance recouvrant la route. La chaussée était glissante, neige et verglas alternaient, il devait se méfier. Louis, Béa, Anne, Noémie, tous avaient besoin de lui, de sa force de sa présence, mais il était nerveux, inquiet et il enchaîna les virages, vite, trop vite, beaucoup trop vite !

A la sortie d'une courbe, sa BMW se déporta sur la gauche, en face arrivait à vive allure une camionnette blanche. Patrick en une fraction de seconde, entrevit le conducteur et son passager avant de redresser sa trajectoire pour éviter le choc. Ouf ! Plus de peur que de mal ! Il devait faire face : Se calmer, ralentir, plus qu'une dizaine de kilomètres avant la propriété.

Les filles à l'abri, Béatrice avait repris ses investigations, ses pas l'avaient machinalement conduite au jardin de printemps, c'était son préféré.
Chaque année, elle venait avec Louis saluer le retour des beaux jours après les longs mois d'hiver. Elle lui avait appris à renaître à la lumière, à la laisser l'envahir, le dynamiser, à sentir les premiers rayons du soleil réchauffer son cœur et son corps.
Ensemble, ils s'émerveillaient de cette nature qui bourgeonnait, fourmillait, éclosait, bourdonnait, ils s'enivraient des odeurs et
des bruits de la renaissance, elle lui avait transmis l'amour de la nature mais elle ne lui avait pas assez dit qu'elle pouvait aussi être dangereuse.

Soudain, un détail attira son attention, elle n'avait pas remarqué tout à l'heure que le portillon tout au fond du jardin était entr'ouvert. Seul le jardinier empruntait ce passage, il avait sans doute oublié de refermer à clef. Louis avait donc pu sortir et s'égarer.

Toute son énergie l'avait quittée. En rebroussant chemin, elle passa devant sa boite aux lettres, une grande enveloppe dépassait, machinalement, elle releva son courrier, elle était épuisée, elle allait rentrer, retrouver ses filles et attendre, attendre son mari,les secours, attendre et espérer.

Quand enfin il arriva, Patrick aperçut les voitures de gendarmerie dans la grande cour mais pas âme qui vive à l'extérieur cela le rassura : Petit Louis avait sûrement été retrouvé et c'est plein d'espoir qu'il poussa la porte d’entrée.


Béatrice l'attendait, le visage ravagé par la douleur, une grande enveloppe jaune dans la main.

C'était une demande de rançon, petit Louis avait été enlevé.

Patrick fut foudroyé par un éclair, plongé dans un autre temps, le temps d’un vertige suspendu, il eut une vision, celle d'une petite camionnette blanche. Il revit en flash back le conducteur et surtout son passager, un petit garçon de 5 ans, son petit garçon.

Chrystelyne