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Vous dans les doigts d' Eros

D 87: Vous, dans les doigts d’Eros.


« Quand je vous le dirai, vous raccrocherez.
Je serai chez vous trente-cinq minutes après la fin de cette conversation.
Votre porte ne sera pas fermée. Dans le hall de l’appartement, derrière la porte d’entrée, vous attendrez, debout. Nue. Ne portez pas de bijoux, juste un peu de parfum si vous y tenez, c’est égal en ce qui me concerne. Il faudra que vous ayez lez yeux bandés par un foulard opaque.
Si tout n’est pas exactement comme cela, je refermerai la porte et partirai.
Notre amie vous l’a dit, vous n’avez rien à craindre de moi pour autant que vous vous en teniez précisément à ce dont nous sommes convenus.
Quand je serai là, les seuls mots que vous pourrez dire, une seule fois, seront : « J’arrête ! » Immédiatement, je cesserai de vous regarder, je m’en irai. N’enlevez jamais ce bandeau avant d’avoir entendu la porte se fermer, ne le faites pas, vous ne risquerez rien ainsi, rien d’autre qu’une expérience un peu particulière et du plaisir probablement.
Je suis et je serai pour vous une voix, des sons, des mots, des odeurs, de la chaleur et des mains sur vous. Des mains sincères, des mains dansantes de répondre à la manière dont vous les guiderez peut-être… en silence de vos mots.
Bien, il semble que nous soyons d’accord.
Maintenant raccrochez. Maintenant ! »

L’immeuble est assez ancien, la double porte qui donne sur une cour a été remplacée par une structure moderne : acier laqué et verre fumé. La cour, l’allée à droite, puis l’ascenseur qui est resté d’époque, soigneusement entretenu. Les mécanismes graissés, les bois cirés, une porte grillagée, puis une deuxième porte faite de losanges déformables, que l’on pousse de côté pour accéder à la cabine.
Le petit bruit des pièces mécaniques bien huilées, s’emboîtant avec ce qu’il faut de jeu… clic, tic, clac. Un bruit qui peut se répéter mille fois avec la même douce rigueur. Coulissement de pistons, de biellettes, légers chuintements. La dureté du métal susurre « Sésame, ouvre-toi » C’est bien cela : « Ouvre-toi »
Sa porte est entrebaillée, comme convenu. Sans doute est-elle là, derrière. Je suis certain qu’elle est là, je l’ai senti au téléphone malgré une pointe d’appréhension. Elle m’a entendu arriver.
Est-ce que sa respiration est calme ? Un peu accélérée ? A-t-elle froid ou est-ce qu’une chaleur trouble la fait un peu transpirer ?
Quelqu’un a du appeler l’ascenseur, il s’en va comme je m’approche de sa porte entrouverte. Nous sommes déjà en présence l’un de l’autre, seuls dans l’immeuble redevenu silencieux.
La porte grince quand je la pousse doucement puis la referme.
« Bonjour ! Vous êtes bien là, face à moi, Vénus pudique, vos mains tiennent vos bras et cachent un peu votre poitrine. Vous êtes en appui sur une jambe, un peu déhanchée, l’autre jambe bascule à peine vers l’intérieur, Vénus pudique.
Mais oui, c’est bien moi. Vous êtes très belle, exactement à cet instant, belle et touchante.
Vous devez être ici depuis quelques minutes déjà, car cette entrée porte votre odeur. Pas de parfum, une odeur de femme, de cheveux. Peut-être, mais je le sens à peine tant que je suis à distance, l’odeur délicate d’un lait de toilette, oui, vous avez pris une douche, pris soin de vous.
N’ayez pas peur, laissez-vous guider, vous verrez… si j’ose dire. Vous souriez ? Nous sommes en bonne voie.
J’ai eu la chance et le plaisir de voir et de caresser beaucoup de femmes, toutes différentes, vous savez que c’est en quelque sorte mon métier. Pour ce temps qui est à nous, qui est à vous, vous êtes unique et vous serez seule devant mes yeux, contre mes mains, autour de mes doigts si vous le demandez, si votre corps le demande.
Laissez vos mains descendre, laissez-vous voir entièrement, soyez encore plus nue, laissez l’air de la pièce se promener sur vous, il passe, vous visite. Vos seins semblent dire « Oui », votre respiration les rend plus vivants encore.
Ouvrez un peu la bouche, je veux dire : entrouvrez légèrement vos lèvres, votre langue pourra les rafraîchir de temps en temps. Ce sourire vous va bien, à quoi pensez-vous donc ?
Vous n’avez plus besoin de vous cacher avec cette jambe qui revient sur le devant. Prenez bien appuis sur vos deux pieds, écartez les un peu. Non ! Ecartez les franchement. Voilà, laissez à nouveau l’air de la pièce circuler, entre vos cuisses cette fois. L’air de la pièce ou bien mon souffle tiède.
Etirez-vous maintenant, étirez vos bras, sur les côtés, puis vers le haut. Vous sentez comme ces mouvements lents font bouger vos seins ? Je les vois qui sourient, ils font un peu les fiers et je vois qu’ils deviennent sensibles.
Je vais vous toucher. Gardez vos mains au-dessus de la tête, je vais les tenir levées dans ma main gauche. Je suis derrière vous, et mon autre main vient faire connaissance avec votre dos, dans toute sa surface, derrière vos épaules, en remontant vers le cou, dans ce creux si doux de votre nuque, là où vos cheveux deviennent duvet, dans votre dos encore, tout du long, jusqu’au bas des reins avant que leur courbe ne remonte en dunes lisses, en douces dunes rondes et lisses.
C’est ça, cambrez vous davantage. Dunes, ou pommes, ou pastèques immenses, vivantes et frémissantes contre ma main. Laissez moi suivre la vague de votre hanche, le creux blanc de la taille, le bombé du ventre, laissez moi remonter sur le devant, laissez vos seins peser dans ma main. Ils sont doux dans leurs renflements et durs dans leurs petites pointes. Oh ! Vous tressaillez, vous ai-je fais mal ? Vous souriez. Nous y revenons ?
Je vous ai contournée, vous l’avez senti, je suis tout près, devant vous, je tâche de parler très doucement à votre oreille.
Ma main remonte encore autour du fragile de votre cou tendu, cette veine est troublante, c’est l’intérieur de vous qui palpite en surface. Gardez vos lèvres ouvertes, que mes doigts tremblent un peu sur elles, les saluent, qu’elles me guident sur la manière dont vous aimez être visitée.
Venez maintenant, donnez moi la main et orientez moi. Allons dans votre chambre.
Oh la belle chambre de jeune femme sage et rangée ! Quel contraste avec ce que vous venez de me laisser entrevoir. Etendez-vous. Vous êtes belle encore, nue sur ce lit, presque ouverte.
Etirez-vous à nouveau. Voulez-vous un verre d’eau ? Eh bien ! Vous êtes si pressée ? Vous avez plutôt faim en quelque sorte.
Ouvrez davantage vos jambes. Que vous êtes belle ! Vous posez pour que soit célébrée encore « L’origine du monde » et l’ombre s’éclaire et brille de votre désir si cru, si présent. Oh source ! Oh coquillage charnu. Là, voici ma main, mes doigts. Laissez-vous saisir, j’ai deux mains, j’ai dix doigts, j’en ai cent, j’en ai mille qui dansent où vous les amenez danser. Ouvrez encore un peu la bouche, laissez l’air entrer et sortir et vous caresser de l’intérieur, laissez les sons venir, les sons, pas les mots. Les sons et la danse du ventre, de votre sexe qui rit et râle et ordonne et quémande.
Je me tais, nous avons le temps, venez la belle, venez où vous voulez, venez où vous allez ! »

***
« Au revoir. Non, adieu. Ne m’appelez plus jamais. Vous le savez, c’était convenu ainsi »

Z.K.

zefirin kopec