Destination : 327 , Etranger

Destination proposée jusqu'au : Date non reconnue

La destination 77 s’appelait « la disparition » et traitait de ce sujet, mais d’une manière différente.
Pour cette destination, j’ai puisé en deux sources que je vais détailler ici.

La première, provient du constat quasi-quotidien ces derniers temps de la dégradation de notre bio-diversité mondiale et dont « Books » se fait l’écho dans un dossier cet été : « SOS biodiversité ». Sans vouloir jouer les catastrophistes, force est de constater que de nombreux éléments naturels, vivants, disparaissent. Citons pêle-mêle : les glaciers, la banquise, la forêt amazonienne, les insectes, les oiseaux, de grands mammifères marins et terrestres, les vers de terre, les poissons, les tortues, les tourbières, etc. Loin de cette destination l’idée de se pencher sur les causes de ces disparitions. En parcourant ce dossier, j’ai été étonné par deux choses (au moins) : tout d’abord par le fait que nous ne connaissons que près de 2 millions d’espèces vivantes sur une estimation de 10 à 50 millions d’espèces (hors « microbes »). C’est-à-dire que nous parlons de quelque chose que nous connaissons peu. L’autre étonnement vient de la disproportion entre espèces marines et terrestres. Alors que notre planète est aux trois quarts recouverte d’eau, que la vie y a fait son apparition trois milliards d’années avant celle de la terre ferme, moins de 15% des espèces y vivent. Les insectes, à eux seuls, représentent près de 80 % des espèces de la planète (et très peu vivent en mer). Je ne vous apprendrai pas que cette extinction massive d’espèces n’est pas la première sur notre planète et que celle qui a mené à la disparition des dinosaures hante encore nos imaginaires et celui des paléontologues. Cette première source vous offre plusieurs pistes d’écriture : il est possible de choisir un animal, un végétal, un milieu ayant disparu (ou en cours de disparition) et d’en faire le noyau de votre texte. Vous pouvez vous placer à une époque différente (passée ou future), votre personnage peut être l’élément disparu (personnification), vous pouvez écrire un plaidoyer pour sauver cet élément, etc.

La seconde vient de la lecture d’un court roman de Yôko Ogawa, « L’annulaire ». Un petit mot sur cette auteure d’abord. Je regrette de ne pas l’avoir découverte avant, mais il n’est pas trop tard, son œuvre ayant été abondamment traduite, de bons moments de lecture sont en perspective. Cette romancière est très populaire dans notre pays et présente une filiation perceptible avec son aîné et compatriote japonais Haruki Murakami, pour lequel vous connaissez mon goût. Si l’on doit comparer les écritures, tous deux font usage de réalisme magique, avec des héros narrateurs détachés d’eux-mêmes, des ambiances mystérieuses et intemporelles. Pour le style, Yôko Ogawa est beaucoup plus resserrée, concise, avec des phrases très travaillées et épurées. Je dois le confesser, je trouve que c’est meilleur que Murakami dans le sens où le fil de son écriture se perd moins (même s’il emprunte des détours étonnants).
Mais revenons à « l’annulaire ». La narratrice, à la suite de l’amputation accidentelle de l’extrémité de son annulaire trouve du travail dans un laboratoire où l’unique employé et technicien réalise des « spécimens ». (Je vous laisse découvrir ce que sont ces spécimens). Tout au long de ce court roman (95 pages), la disparition de cette petite partie de son corps la hante et joue un rôle dans l’histoire.
A travers cet exemple, je vous propose de vous interroger sur une disparition « humaine » (à la différence de la première partie qui vous propose des disparitions de la biodiversité). Ces disparitions peuvent concerner une partie du corps, un objet, un être aimé, une idée, une pratique culturelle, un travail, un savoir-faire, un art, un lieu…

J’ouvre ici une porte vers à une troisième voie qui reprend pour partie la destination 77 qui évoquait le roman de Georges Perec « la disparition » où il réussit le prodige de faire disparaître de son texte la lettre « e ». Sans revenir en détail sur ce lipogramme, vous pouvez aussi tenter une disparition « formelle » dans votre texte : pas de ponctuation, absence d’une lettre, disparition des adjectifs… creusez cette voie si cela vous tente !

Pour être complet, je vous propose également de jeter un coup d’œil à la banque de destinations d’ailleurs en consultant la destination 55 « journal d’un disparu volontaire ». Tout est dans le titre, il s’agit de rédiger le journal d’un personnage ayant choisi de fausser compagnie à ses contemporains.

Avec toutes ces références, je me demande si je ne suis pas hanté par la disparition.
Chaque matin, je vois dans le miroir qu’une partie de moi disparaît peu à peu…
Suis-je encore là ?

JFP

http://www.books.fr/magazines/numero-109-sos-biodiversite/ le dossier de Books

http://www.franceculture.fr/emissions/latelier-fiction/lannulaire-0 cycle radiophonique sur Yôko Ogawa

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Disparition_(roman) Sur le roman de Pérec

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