Destination : 199 , Absurd'idées


Le bal des monstres

Dimanche matin, pendant que leurs parents étirent un peu la nuit, Nana et Pico ont échoué en pyjama sur le canapé du salon.



- Dis, c’est comment en vrai un monstre ?



- Ça dépend, il y a monstre …et monstre. Il y a des monstres qui aiment se déguiser en anges. Ils sont terribles ceux-là, parce qu’on ne s’en méfie pas.

Il y a des monstres qui ressemblent à des gens ordinaires. Ils sont très souriants mais avec des dents pointues, et ça, ça n’est pas normal, ça doit te mettre la puce à l’oreille. Tant pis si ça gratte…

Il y a des monstres poilus et qui puent. On ne peut les approcher qu’avec une pince à linge sur le nez, et on passe à notre tour pour un monstre !

Il y a des monstres de toutes les formes, de toutes les tailles, de toutes les couleurs. J’en ai rencontré un de plus de six mètres de haut, avec des griffes acérées, des yeux vitreux, et une langue de caméléon. Il a voulu me faire un petit bisou, mais je suis parti en courant. Berck !

J’en ai croisé un autre, tout petit et bedonnant, hérissé comme un porc-épic, puant le vin autant que la bêtise. J'ai réussi à le perdre dans la foule, en slalomant à travers les passants. Ouf !

Il y a aussi des monstres pour faire semblant, juste pour nous donner une peau de poulet. Après ils s’envolent, c’était même pas pour de vrai !

Et puis il y a des monstres qui ont peur du jour. Ceux-là ne sortent que la nuit, et encore, pas les nuits de pleine lune ! L’autre matin, alors que j’étais bien tranquille dans ma chambre, l’un d’entre eux est arrivé, comme ça, sans frapper. Il a commencé à vouloir m’intimider en faisant un tas d’horribles bruits, des slourp, schlplang, couiiiiin…. Mais il s’est fait surprendre par le lever du soleil, alors, tout paniqué, il est entré par mes narines pour se réfugier dans le recoin le plus sombre de mon cerveau. Mais comme j’avais compris sa technique de dissimulation, j’ai couru devant la fenêtre et suis resté là, bouche grande ouverte, à respirer à pleins poumons, à m’oxygéner à fond. Et bien, tu ne me croiras peut-être pas mais il s’est fait réduire en poussière, tant pis pour lui !



- Et tu en as fait quoi de la poussière ? Elle est restée dans ton cerveau ?



- Bien sûr que non ! J’ai éternué un grand coup au dessus de la jardinière de fleurs de grand-maman, et depuis elle n’arrête pas de dire que ses géraniums n’ont jamais été si beaux que cette année !

Griotte