Destination : 287 , Le dinosaure


Terrorisaurus Rex

Quoi ? Pourquoi ? Où ? Quand ? Comment ? – Il ouvrit brusquement les yeux.

Une impression étrange venait de le sortir brutalement du sommeil,

Anéantissant les images voluptueuses du rêve dans lequel il était plongé.

Nulle lumière, aucun rayon de lune ne venait éclairer sa chambre.

Dans les ténèbres de la nuit, il se sentit étrangement seul et vulnérable.



Il réalisa soudain qu’un autre soufflé de respiration faisait écho au sien.

La cadence de son cœur s’accéléra, la sueur mouilla son front. Il eut franchement peur.



Soulevant à moitié sa lourde carcasse, il chercha à tâtons l’interrupteur de la lampe.

Et la pièce s’illumina. Et, aussitôt, il le vit.



Rhinocéros ? Lézard géant ? Tortue sans carapace ? Animal mutant ?

En tous les cas, il en était sûr : la chose était vivante et le regardait.

Vaguement, la silhouette lui rappela celle d’un dinosaure :

Ecailles couvrant le corps massif et une espèce de corne en guise de nez.

Il se dit que ce devait être un rêve. D’ailleurs, ce ne pouvait être que cela :

La nuit allait se poursuivre et demain, le dinosaure aurait disparu !

Les heures avancèrent mais la créature, elle, ne bougea pas.

Alors, sans trop savoir pourquoi, peut-être juste pour se rassurer, il lui parla :



« Là ! Ben qui es-tu, toi ? Et qu’est-ce que tu fais là ? »

Et dans la nuit déjà si étrange, la bête inconnue lui répondit :



« Du fond des âges, du fond de ton lit, du fond de ta mémoire,

Il importe peu, finalement, de savoir d’où je viens ni même qui je suis.

Niché dans tes souvenirs, tes remords ou tes regrets,

Obéissant aux lois de ton inconscient : je suis en toi et je suis toi.

Sombre, silencieux, solitaire, sauvage et sanguinaire,

A l’image de ce tu caches, au plus noir de ton âme,

Un océan d’amertume peuplé de sirènes hurlantes,

Réclamant, à corps et à cris, toujours plus de vengeances,

Et toujours plus de souffrances, et toujours plus de sang. »



Et la bête se tût.

Terrorisé, il restait immobile. Que penser de ceci, que répondre à cela ?

Amèrement, il reconnaissait la vérité brûlante des mots de la créature.

Il avait depuis longtemps déserté les chemins de la bienveillance,

Trahissant son enfance, il avait préféré la route de l’indifférence.



Toute une vie de mensonge, d’égoïsme et de faux semblants.

Où cela le menait-il finalement ? Vers la tombe, aussi sûrement qu’un autre !

Un autre qui, peut-être, aurait après lui quelqu’un pour le pleurer.

Jamais ce ne serait son cas, il le savait déjà. A moins que…

On ne peut pas revenir en arrière, ni effacer le passé. Mais on peut essayer de changer.

Une nouvelle vie, c’était la solution. Mais pourrait-il y arriver ?

Renoncer à la gloire, la fortune, le pouvoir : c’était impensable !

Son choix était infernal : vivre ou mourir, il devait trancher !



La bête trancha pour lui. D’un bond, elle lui sauta à la gorge. Il s’évanouit.

Au petit matin, quand il se réveilla, le dinosaure était toujours là.

myriam