Destination : 83 , Lettre(s) à Dieu


Je ne te demanderai pas...

Cher… quelque chose là-haut,

Si je t’écris cette lettre, aujourd’hui, après des décennies de mécréance assumée, ce n’est pas, ce n’est pas comme tu pourrais l’imaginer pour te demander d’exaucer quelques vœux qui me permettraient de mieux vivre les années qu’il me reste, voire, pourquoi pas, d’en ajouter quelques-unes (cela dit en passant, si tu peux faire quelque chose et me garantir en même temps une bonne santé, je ne suis pas contre). Mais non, il ne s’agit pas ici d’une liste de souhaits plus ou moins réalistes. Au contraire.

En effet, je ne te demanderai pas, même si j’en meurs d’envie, de mettre fin aux guerres et conflits qui ensanglantent le monde, ni de faire enfin advenir la paix entre les hommes. Je pense que si tu en avais vraiment envie, tu aurais fait quelque chose depuis longtemps. Mais comme souvent, les guerres cachent des intérêts que nous ne comprenons que plus tard. Certes, les voies du Seigneur sont impénétrables, celles des saigneurs également…

Je ne te demanderai pas non plus de remettre, en quelque sorte, les pendules à l’heure sur la Terre, au niveau de la préservation de l’environnement et de la gestion du dérèglement climatique… je soupçonne, en effet, que pour toi, depuis la nuit des temps que tu as créé ce monde et que tu le regardes tourner pas très rond 365 jours par an, tu n’es pas contre un petit peu de changement pour sortir de cette routine monotone…

De même, je ne te demanderai pas de rendre les hommes un peu plus intelligents, ou tout au moins un peu moins bêtes, au risque de provoquer leur propre disparition. Mais en fait, pour toi, une extinction d’espèce de plus ou de moins, ça change pas grand-chose. Peut-être même que tu réfléchis déjà à la suite, en attendant qu’on laisse la place… Qu’est-ce que tu vas bien pouvoir créer de nouveau ?

Je ne te demanderai pas, enfin, même si ça me brûle les lèvres et me tord le ventre rien que d’y penser, d’arrêter de faire croire que tu existes et surtout, bel hypocrite, que tu te préoccupes du bien-être de tes créatures. Parce que pour des milliers de personnes, ironiquement, cette certitude et cet espoir absolu sont la seule chose qui leur reste.

Et l’espoir, vois-tu, c’est la seule chose qui vaille la peine !

Myriam